Un patient est assis dans la salle d'attente de son médecin généraliste. Il a rendez-vous pour parler de ses médicaments. Il attend douze minutes. Le même jour, il patiente cinq minutes au comptoir de sa pharmacie. Deux jours plus tard, quatre minutes dans la file de son restaurant d'entreprise. Vingt minutes passées debout dans des lieux où il est entouré d'un contexte de santé — et où personne ne s'intéresse à ses signes vitaux.
C'est l'image qui manque à de nombreux débats sur les soins préventifs. Nous parlons de prévention comme s'il s'agissait de quelque chose qui doit se passer ailleurs, dans un espace distinct, avec un agenda distinct. Pourtant, les moments où un patient est physiquement proche des soins tout en disposant de temps existent déjà en abondance. Ils ne sont simplement pas exploités.
La pression est connue, la voie de solution ne l'est pas encore
Au premier trimestre 2026, l'absentéisme pour maladie aux Pays-Bas atteint son niveau le plus élevé en trente ans. Dans le secteur des soins lui-même, il s'élève à 8,2 pour cent — le taux le plus élevé de tous les secteurs. La réaction habituelle consiste à mobiliser plus de moyens, plus de personnel, plus de capacité. Mais cette réponse se heurte à une limite qui n'est pas financière : il n'y a tout simplement pas assez de personnes à former.
La transition des soins vers la santé, au cœur des documents stratégiques — et que Health Valley définit comme un enjeu central — n'est plus un choix idéologique, mais une nécessité opérationnelle. La question devient : où intervenir ? Pas en augmentant la capacité professionnelle, car celle-ci fait défaut. Mais en détectant plus tôt, en assurant un meilleur suivi, et en permettant aux personnes de jouer elles-mêmes un rôle plus actif — sans que l'autogestion ne devienne une forme déguisée de transfert de charge.
L'autogestion n'est pas un transfert de responsabilité
Un patient qui mesure lui-même sa tension ne remplace pas son médecin. Il lui fournit une meilleure image lors du prochain contact. Un salarié qui suit sa composition corporelle ne pratique pas l'autodiagnostic. Il reçoit plus tôt le signal de tendances qui, autrement, n'apparaîtraient qu'auprès du médecin du travail. Le professionnel de santé conserve son rôle d'interprétation — mais avec un contexte plus riche et plus précis.
Cela requiert des instruments capables de mesurer et de signaler sans qu'un professionnel de santé soit présent. Non pour l'écarter, mais pour réserver son temps au moment où l'interprétation est réellement nécessaire.
Ce que font les bornes d'automesure
En quelques minutes, une borne d'automesure mesure des paramètres de santé de base : tension artérielle, fréquence cardiaque, poids, composition corporelle, IMC, saturation en oxygène, température corporelle. Utilisation autonome, résultat immédiatement disponible, éventuellement relié à une application personnelle. Ce n'est pas un appareil de diagnostic : une valeur anormale est une raison d'engager une conversation, pas de s'auto-traiter. Le seuil pour obtenir le signal s'abaisse, le jugement reste au professionnel.
Dans les pays voisins, ces bornes sont utilisées depuis plus longtemps. Au Royaume-Uni, elles sont présentes dans des centaines de pharmacies, souvent en lien avec des programmes de prévention. En Espagne, le déploiement est comparable. La France va plus loin : au-delà des pharmacies, les bornes d'automesure y sont de plus en plus utilisées sur le lieu de travail, dans le cadre des politiques de santé au travail et de bien-être des grands employeurs. Au Canada, le concept est également utilisé dans les hôpitaux, où les patients effectuent eux-mêmes leurs mesures de base dans les salles d'attente avant le début de la consultation.
Ce qui ressort de cette expérience, c'est que la percée ne réside pas dans la technologie — largement disponible — mais dans son intégration. Une borne isolée a une valeur limitée. Une borne intégrée à un parcours de santé local, avec une ligne d'orientation claire, fonctionne bel et bien.
L'enjeu pour les Pays-Bas : du projet pilote au déploiement à grande échelle
Pour les Pays-Bas, c'est une leçon familière. Au niveau des projets pilotes, beaucoup de choses se passent — dans des projets régionaux et des pharmacies individuelles — mais le passage du pilote au déploiement à grande échelle reste obstinément difficile. Ce n'est pas un problème nouveau dans l'innovation des soins aux Pays-Bas, et c'est précisément le problème sur lequel travaillent des réseaux comme Health Valley.
La volonté sur le terrain semble présente. Ce qui manque, c'est la structure. Personne ne veut être le premier sans cadre, et personne ne veut être le dernier lorsque d'autres en ont fait la norme. C'est le point de bascule où se trouve aujourd'hui le secteur.
Les pharmacies ont un rôle naturel — une borne à côté du comptoir donne au pharmacien une occasion de prodiguer des conseils ciblés aux patients chroniques. Les postes de garde de médecine générale peuvent utiliser les automesures pour un pré-dépistage en salle d'attente. Les employeurs découvrent les automesures comme une composante de leur politique de bien-être, non comme une obligation mais comme une option. Les communes et les services de santé publique peuvent les déployer dans des espaces publics, comme instrument accessible vers les quartiers où le contact régulier avec les soins va moins de soi.
Une invitation à réfléchir ensemble
Nous apportons les bornes d'automesure au Benelux, et nous voyons cela comme une contribution modeste à un mouvement bien plus vaste. Pour nous, la question intéressante n'est pas de savoir si la technologie fonctionne, mais comment elle s'intègre au mieux dans le contexte néerlandais : la position du pharmacien et du médecin généraliste, le rôle des communes, la mission plus large de la prévention.
Ce sont des questions dont nous discutons volontiers avec les acteurs qui les abordent depuis leur propre perspective. Non pour présenter un produit, mais pour engager une conversation sur ce que les soins préventifs signifieront concrètement en 2030.